De quoi a-t-on besoin pour vivre le changement ?
Un besoin, tout le monde sait ce que c’est : une nécessité qui s’impose à nous par le sentiment d’un manque que l’on cherche à combler. Notre corps a donc des besoins spécifiques qui sont d’ordre biologique : la nourriture, le sommeil, l’oxygène, etc. Les besoins de l’âme sont d’ordre culturel, voire existentiel. La philosophe Simone Weil montre que cette seconde catégorie de besoins est tout aussi vitale que la première. Si les besoins de l’âme ne sont pas satisfaits, « l’homme tombe peu à peu dans un état plus ou moins proche d’une vie purement végétative ». C’est une approche originale qui donne un sens très large aux besoins et considère qu’ils font partie de notre humanité. Ils portent ainsi sur la liberté, l’égalité, la sécurité, ou encore la vérité…
Aborder les besoins dans une démarche globale est une clé importante quand on se trouve embarqué dans un changement. Cela suppose tout d’abord d’identifier les besoins principaux dans un contexte donné. On peut ensuite les prioriser, comprendre comment ils se limitent les uns les autres (ex. j’ai besoin de nourriture, oui, mais dans certaines limites ; j’ai besoin de liberté, oui, mais pas sans cadre, etc.). Il s’agit encore de comprendre quel individu a quels besoins ; puis d’examiner comment tout s’accorde -ou non- collectivement. Les besoins des uns peuvent en effet limiter ceux des autres soit de manière douce et utile, soit de manière brutale et conflictuelle.
L’apport de la philosophe Simone Weil tient surtout à ce que nous faisons de nos besoins. Deux attitudes s’opposent. La première consiste à revendiquer la satisfaction de ses besoins. On se met dans un rôle passif ou défensif, et on attend des autres qu’ils s’ajustent à soi. La seconde attitude, celle que la philosophe préconise, pose en devoir de satisfaire les besoins de l’âme, non seulement pour soi et aussi pour tous. Selon elle, les besoins de l’âme nous rapprochent en tant qu’êtres humains par les valeurs qu’ils portent: ils disent le désir unique et partagé que chacun a d’être heureux, sécurisé, aussi libre que possible.
La première attitude nourrit les résistances au changement. Elle est très autocentrée, enfermée sur ses manques, frustrations, réelles ou anticipées. Elle s’exprime quand nous nous sentons insécurisés, inquiets. Elle se nourrit de la peur du changement. La seconde attitude est ouverte, soucieuse de l’intérêt général et propice à l’engagement. Elle se manifeste lorsque nous sommes dans un environnement bienveillant et attentif. Dès qu’il y a changement, les deux sont en tension. C’est pourquoi travailler sur nos besoins, tout seul ou en groupe, constitue une étape indispensable pour bien aborder le changement.
Pour vous y aider, BifurqueZ s’est associé à Beetlechoice Solutions pour vous proposer un jeu de 90 cartes, chacune recensant un besoin. Une multitude d’usages est possible, à vous de les inventer, de vous inspirer des propositions que nous vous faisons. En ce qui me concerne, le premier jeu pédagogique que j’ai conçu a été vécu par des élèves fonctionnaires de l’ENSSIB, futurs cadres, proches de leur prise de poste. Ils ont mis en regard leur fiche de poste et identifié le besoin prioritaire qu’il leur fallait considérer pour endosser au mieux leurs nouvelles fonctions. Beaucoup d’autres usages sont possibles ! Vous en retrouverez ici, dans un prochain billet, mais aussi sur le site du scarabée où vous pourrez acheter le jeu.