Il y a une bestiole qui prolifère dans tous les environnements de travail : la rumeur. Que ce soit à l’échelle d’un bureau, d’un espace-café, d’un étage, des êtres humains qui partagent ensemble une grande partie de leurs journées communiquent, donc émettent et reçoivent des informations, les interprètent, les transforment et les déforment… Tous ces processus embarquent le manager et influencent son comportement. De la même manière, une classe, un groupe d’étudiants, une équipe de professionnels abordent une formation avec ses croyances, préjugés, émotions, etc. qui vont influencer le déroulé de la séance et impacter le comportement du formateur. Ces deux situations renvoient aux biais cognitifs. Mis à jour par deux psychologues américains au début des années 1970, Amos Tversky et Daniel Kahneman, ils visaient à comprendre comment étaient construites les décisions rationnelles dans les sciences économiques. Leur propos était d’analyser pourquoi, dans de domaines aussi rationnels et calculatoires, certaines décisions prises étaient absurdes. Si c’est le mot « biais » qui s’est imposé, je préfère celui, plus scientifique, d’ « heuristique » ou, même, tout simplement, le terme de « raccourci cognitif ». Pourquoi ?
Un biais cognitif, c’est un mécanisme de traitement de l’information qui produit des jugements faussés, des perceptions erronées, des décisions malencontreuses. Le mot « biais » laisse penser qu’on est dans le mensonge, l’illusion… que quelque chose est à rectifier ! Or, des biais, nous en avons tous et tout le temps : ils sont inconscients, modelés de nos croyances, de notre vécu, de nos émotions. Ils se nichent au cœur même de notre personnalité. Ils nous sont utiles au quotidien, pour simplifier notre interprétation de la réalité. Ils nous aident en effet à prendre des décisions et à agir plus vite.
Le cas des rumeurs laisse penser que les collectifs favorisent le développement des biais cognitifs. Mais conformément à notre esprit bifurquant, nous croyons qu’ils sont à la fois un poison et un antidote. Il est vrai que le biais de conformisme, ou encore le biais d’ancrage, se voient confortés par la dynamique de groupe. En tant que tel, il crée des effets d’uniformité (tout le monde suit l’opinion dominante) ou de polarisation (l’idée la plus exprimée est exacerbée et caricaturée). Toutefois, le biais d’auto-complaisance ou le biais relatif à la croyance en un monde juste peuvent aussi contribuer à l’émulation collective, au partage d’un but commun et, ainsi, bonifier les effets du travail ou de l’apprentissage collaboratif.
L’idée n’est donc pas de supprimer les biais cognitifs, mais d’en prendre conscience afin d’envisager comment le manager, le formateur, l’animateur d’un groupe -quel qu’il soit- peut bonifier ces processus pour mieux faire fonctionner le collectif.
J’ai parlé « biais de confirmation », « biais d’ancrage », « biais d’auto-complaisance »… de quoi s’agit-il ? Vous pouvez télécharger ici les flashs cards créées et utilisées lors de la mini-conférence que j’ai faite le 31 janvier 2025 aux JnF à l’Université de Nanterre. Jouez avec votre équipe à reconstituer les paires et mettez à jour vos biais cognitifs !
Et voici le support de la présentation